Le président qui aimait l'art contemporain

Publié le par Francine

Pierre Paulin, Yaacov Agam, Pierre Soulages, Jean Dubuffet, Yves Klein, Renzo Piano et Richard Rogers...
Quel est le point commun entre tous ces artistes ?
Georges Pompidou, le président qui aimait l’art contemporain !
Le président qui aimait l'art contemporain

On savait Pompidou homme de lettres : n’avait-il pas publié en 1961 une Anthologie de la poésie française que l’on trouve encore en livre de poche ?

Sa passion pour l’art moderne sera vraiment connue après sa mort, au fur et à mesure que s’élèvera… le centre Pompidou, Beaubourg.

L’épouse du Président de la République Georges Pompidou s’était, elle aussi, singularisée par son amour pour l’art contemporain. Claude Pompidou avait chamboulé la décoration du Palais de l’Elysée avec des oeuvres de peintres comme Pierre Soulages et également du design avec des créations de Pierre Paulin. L’audace des transformations radicales du salon des Tableaux et de l’aménagement de l’antichambre des appartements privés du Palais en 1974, véritable installation cinétique confiée à l’artiste Agam, fut très critiquée. Le salon Agam est aujourd’hui visible au Centre Georges Pompidou à Paris.

Design : Pierre Paulin et Yaacov Agam à l'Élysée

Avec son épouse, Claude, Georges Pompidou partageait un goût éclairé pour le design, en plein essor dans les années 1960 avec de nouveaux matériaux comme le plastique. Le couple avait une affection particulière pour Pierre Paulin, qui dessina pour eux, à l'Élysée, le mobilier de la salle à manger, du fumoir, du salon orné de toiles de Kupka et Delaunay et de l'antichambre au décor à effet cinétique de rayures colorées de Yaacov Agam. Une petite révolution de palais, à l'époque.

Pierre Paulin

De 1969 à 1973, Pierre Paulin, designer français (1927-2009) réamménage complètement les appartements privés de l'Elysée, sous la présidence de Georges Pompidou (il aménagera également le bureau de la Première dame à la fondation Claude Pompidou en 1974-1975).

Il aménage ainsi la salle à manger, le fumoir, le salon des tableaux, dressing room et bibliothèque.

La particularité de cet aménagement est qu'il devait respecter une contrainte majeure : la réversibilité, la possibilité de tout remettre comme avant. Le designer double ainsi l'espace intérieur d'une structure autonome.

Le Président Pompidou donne son accord après avoir vu une maquette. Vue de la salle à manger, avec son étonnant plafond en polyester moulé, tiges et billes en verre, aluminium anodisé rose tyrien. La salle à manger est la seule des quatre pièces encore en place au Palais de l'Elysée.

http://pierrepaulin.com

Salon aux tableaux

Salon aux tableaux

Le fumoir

Le fumoir

Salle à mangerSalle à manger

Salle à manger

La bibliothèque

La bibliothèque

Yaacov Agam

Yaacov Agam est un artiste israélien formé dans l’esprit du Bauhaus. En 1971, il reçoit une commande officielle du président Georges Pompidou pour aménager l’antichambre des appartements privés du palais de l’Élysée.

Cet aménagement est conçu comme un espace pictural à « habiter ». Il symbolise la vision artistique du président qui eut l’initiative de la création du Plateau Beaubourg, futur Centre Georges-Pompidou. Cette institution, qu’il souhaitait à la fois musée et centre de création, sera inaugurée en 1976, un an après sa mort. Pompidou ne verra pas non plus le salon terminé.

http://www.espace-zafra.com/artiste-agam.html

Le président qui aimait l'art contemporain

Un oeuvre d'art total

Appelée « Salon de l’Élysée » lors de sa conception, cette pièce présente un décor qui unit peinture et art décoratif. Des panneaux de verre translucide coulissants servent de porte d’entrée. Ils sont teintés de couleurs primaires et secondaires avec un gel spécial, le Transacryl. Au sol, un tapis d’une impressionnante richesse chromatique a nécessité un nuancier de 180 couleurs. Il a fallu deux ans à Agam pour en dessiner le carton, inspiré des motifs géométriques et colorés des murs, et deux ans et demi pour le faire tisser à la manufacture des Gobelins à Paris. Au plafond, des écrans de verre peints inclinés reflètent la lumière provenant d’une source invisible. Les trois murs de la pièce sont parés de panneaux en aluminium pliés en accordéon dont les faces opposées sont peintes de motifs différents. Ils sont dits « métapolymorphiques », car, en se déplaçant d’une extrémité à l’autre de chaque paroi, le visiteur voit une image qui se déforme et se transforme. Le Triangle volant, sculpture en acier poli composée d’un cube, d’une sphère et d’un triangle, complète cet environnement ce décor en le reflétant.

Le président qui aimait l'art contemporain
Le président qui aimait l'art contemporain

Architecture : Renzo piano et Richard Rogers

Passionné d'art, Georges Pompidou voulut le Centre d'art contemporain, un centre polyvalent où les arts plastiques, la musique et les livres se rencontreraient.

L'architecture innovante de Renzo Piano et Richard Rogers pour Beaubourg, inauguré en 1977, fit un beau scandale. Construit à la place d'un immense parking, le bâtiment aux tuyaux apparents fut traité de tous les noms avant d'être massivement adopté par les visiteurs.

http://centrepompidoutd.wordpress.com/2010/03/21/biographies-croisees-de-renzo-piano-et-richard-rogers/

Photo de Yann Arthus-Bertrand

Photo de Yann Arthus-Bertrand

Le Centre Georges Pompidou, d’abord appelé « Centre Beaubourg » a été construit au milieu des années 1970 à un endroit où il n’y avait rien. Quelle est l’histoire de ce site ? Comment a-t-on décidé de construire un tel bâtiment à un tel endroit ?

Le programme

"Je voudrais passionnément que Paris possède un centre culturel (...) qui soit à la fois un musée et un centre de création, où les arts plastiques voisineraient avec la musique, le cinéma, les livres, la recherche audio-visuelle, etc. Le musée ne peut être que d’art moderne, puisque nous avons le Louvre. La création, évidemment, serait moderne et évoluerait sans cesse. La bibliothèque attirerait des milliers de lecteurs qui du même coup seraient mis en contact avec les arts."
C’est en ces termes que Georges Pompidou décrit le projet, lancé dès 1969, de ce qui deviendra le Centre Georges Pompidou.
Les institutions qu'il doit accueillir sont : le Musée national d'art moderne et le Centre de création industrielle (qui seront par la suite regroupés), l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique et la Bibliothèque publique d'information.

Le concours

Un grand concours international d'architecture est organisé en 1971.

Présidé par Jean Prouvé, le jury désigne comme lauréate l'équipe de deux jeunes architectes : Renzo Piano et Richard Rogers (projet n°493). L’un est italien, l’autre anglais. Associés depuis peu, ils ont une trentaine d’années et ont encore peu construit. Le choix du jury surprend, jusqu'aux gagnants eux-mêmes.

Le centre Pompidou et la piazza, façade ouestLe centre Pompidou et la piazza, façade ouest

Le centre Pompidou et la piazza, façade ouest

Façade estFaçade est

Façade est

IntérieurIntérieur
IntérieurIntérieur

Intérieur

Art

Que reste-il de ces années plastiques incarnées par les tubes colorés du Centre Pompidou, premier objet d'art historique?

Plus encore que le Soulages abstrait, noir et gris, de 1957 que Georges Pompidou, premier ministre helléniste et moderne, accrocha avec malice derrière son bureau à l'hôtel Matignon pour désarçonner ses visiteurs. Plus encore que le Jardin d'hiver à la caverne merveilleuse de Jean ­Dubuffet en pleine Hourloupe, daté 1968-1970 (soit pile sous la présidence Pompidou) et de nouveau visible dans les collections contemporaines de Beaubourg rafraîchies par l'œil du conservateur danois, Jonas Storsve. «Les années Pompidou sont celles d'un souffle résolument moderne, décalé, chic, coloré qui va du salon Agam et du style Courrèges à Vasarely et Martial Raysse peignant le portrait de ­Bernadette Lafont à la mouche. Peu à jeter!», résume Bernard Blistène, directeur du Nouveau Festival au Centre. «Leur collection était petite mais pointue, avec la Victoire de ­Samothrace d'Yves Klein. Leur liberté d'allure se sentait dans leurs goûts. Et leur humour! J'étais allé voir Claude Pompidou pour lui soumettre l'idée d'une expo intitulée “Poupoupidou”. Elle a souri, n'a pas dit non.»

Le Jardin d'Hiver de Jean DubuffetLe Jardin d'Hiver de Jean Dubuffet

Le Jardin d'Hiver de Jean Dubuffet

Le Jardin d'Hiver, qui est installé depuis 1977 au troisième étage du Musée National d'Art Moderne du Centre Georges Pompidou, est une sculpture dans laquelle on peut rentrer. C'est un espace clos assez vaste, uniquement éclairé par une petite lueur venant d'une ouverture dans le plafond.

On peut se promener dedans comme dans une grande pièce aux volumes irréguliers, le sol, les murs et le plafond sont bosselés, des lignes noires courent partout, animant les volumes.

Le Jardin d'Hiver a été moulé dans une résine plastique appelée "époxy" d'après la maquette de Jean Dubuffet, agrandie cinq fois.

Victoire de ­Samothrace d'Yves Klein

Victoire de ­Samothrace d'Yves Klein

Publié dans La Galerie du dimanche

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